


La prise de la Bastille

Traumatisé par la fronde dirigée contre la politique de Mazarin,
le petit Louis Dieudonné se souviendra de l’opposition du parlement, de barricades élevées par le peuple de Paris,et la rebellion des princes appuyée par les espagnols.
Dissimulant ses sentiments, comme il le fera toute sa vie, libéré de l’influence du cardinal, Louis XIV n’aura de cesse à tout ramener à sa personne, ravalant le noblesse au rang de courtisan serpillère & le parlement en chambre d’enregistrement sans pouvoir, tout soutirant aux classes de substantiels bénéfices par la vente de charges.
Pour fuir ce Paris instable, il fait construire Versailles , son lieu de pouvoir & de représentation à sa gloire.
Pour couvrir les frais de constructions & d’entretien des châteaux, du train de vie luxueux, des saillies royales, de la guerre(*), les taxes fleurissent. S’il pardonne volontiers aux traîtres titrés, il est impitoyable dans la répression du petit peuple, manifestantleur leur détresse par émeutes sporadiques suscitées par d’incessants impôts nouveaux.
(*) il est vrai que louis XIV, comme son père Louis XIII, doit lutter contre l’étau des Habsbourg, dont les possessions s’étendent des Pays Bas à l’Italie du Nord, et en Espagne
A sa mort, la dernière mise en scène de son règne, il transmet par testament son héritage à un petit prince de 5 ans, sous la régence du duc du Maine, son fils bâtard préféré.

C’est sans compter de la réaction du duc Philippe d’Orléans, qui devait en recevoir la charge. Il réussit a faire casser le testament en concédant des prérogatives au Parlement, première fêlure du pouvoir royal absolu.

Louis XV, mal préparé a son métier de roi, mais habile dans les jeux d’alcôves, sera souvent en butte avec la Parlement, et devra tenir des lits de justice pour imposer ses besoins financiers : La guerre, Versailles et ses privilégiés, les maîtresses du roi, coûtent toujours aussi chers.

Sous Louis XVI, la crise financière s’accroît, la guerre d’Amérique plombe le budget, le train de vie de Versailles ne faiblit pas. La reine et les privilégiés, hors sol, s’empressent de faire renvoyer les ministres compétents, qui osent rogner leurs avantages, par un roi bonhomme, doux géant, passionné de chasse,de sciencers & de travaux pratiques,.
En rappelant Necker & promettant la réunion des états généraux,
il pense désamorcer la crise.
Fièvre de la préparation des cahiers de doléances, inquiétude devant les troupes étrangères massées aux abords de Paris« qui pourraient intervenir contre les états généraux et massacrer la population », peur d’un complot aristocratique, peur d’un massacre des patriotes, fantasme d’un pacte de famine:
la bourgeoisie saisit sa chance.

Par des discours enflammés propre à cette époque,elle diffuse les échos des débats de l'Assemblée, touchant une population au paroxysme de colères rentrées pendant des siècles
Et leur promettre la lune, ça marche à tous les coups
Le 20 juin 1789, les états généraux, par le serment du jeu de paume cherchent à s'imposer au roi comme assemblée nationale constituante
La révolution politique est en marche.
A partir du 9 juillet, nous entrons dans un contexte insurrectionnel, des incidents éclatent aux barrières de Paris (les postes d'octroi) mêlant parisiens & brigands opportunistes, une quarantaine de bureaux incendiés sur les cinquante-quatre que compte le mur des fermiers généraux. L’objectif de ces émeutes est clair : supprimer les droits d'entrée dans Paris.
Le 12 juillet, Paris est informé du renvoi de Necker
À midi, au Palais Royal,Camille Desmoulins, obscure avocat et journaliste, harangue la foule des promeneurs et l’appelle « à prendre les armes contre le gouvernement du roi »
S’ensuivent de nombreuses manifestations dans les rues de Paris, bustes de Necker et de Philippe d’Orléans portés en tête des cortèges
.Le régiment de cavalerie, le régiment du Royal-Allemand, charge la foule amassée aux Tuileries,blessant femmes et enfants & tuant trois émeutiers
Le 14 juillet le prix du pain atteint son maximum,
Chauffé à blanc, artisans , commis, pères de famille, pour les ¾ alphabétisés ,descendent alors dans la rue, bien décidés à mener un coup de force en exigeant la baisse du prix des grains et du pain.:
Une rumeur circule dans Paris : du blé est entreposé au couvent Saint Lazare, il est pillé à 6 heure
A 8 heure,une réunion des « électeurs » de la capitale( ceux qui ont élu au second degré les députés aux états généraux) se tient à l’hôtel de ville, à leur tête, le prévôt des marchands de Paris .
Au milieu d’une foule déchaînée, un « comité permanent » appelé « municipalité insurrectionnelle », voit le jour, se substituant à la vieille municipalité royale.
Premier objectif :s’armer, en délestant d’abord le Garde Meuble de ses collections d’armes anciennes, dont deux canons damasquinés d’argent offerts au siècle dernier par le roi de Siam à Louis XIV
A 10 h, les émeutiers veulent s’emparer des fusils entreposés aux Invalides. Refus du gouverneur.Bien que le bâtiment soit défendu par des canons,les servants, des invalides,ne sont pas du tout disposés à tirer sur les émeutiers, tout comme les cavaliers, régiments et canonniers stationnés au Champ de Mars.
D'ailleurs, la troupe jugée peu sûre, se replie sur Saint Cloud & Sèvres,
La foule escalade alors les fossés, défonce les grilles, et s’empare des 30 000 à 40 000 fusils,de vingt bouches à feu & d’un mortier.
Il leur faut maintenant de la poudre, des balles & des boulets.
Alors, sus à la Bastille, qui en détient.un stock
Pour la défendre, 32 suisses détachés du régiment d’infanterie Salis –Samade, et 82 vétérans invalides
A 10h30, une foule composite de 80000 personnes veut prendre d’assaut le bâtiment !
Bien que datant 1643, sans grand intérêt stratégique, la vieille forteresse reste cependant redoutable, d’autant qu’elle a été mise en défense renforcée, par le calfeutrage des fenêtres, et des canons positionnés derrière le pont levis & sur les tours.
La négociation s’impose, une délégation est reçue & invitée à déjeuner par de Launay, le gouverneur , dans le but d’obtenir le retrait des bouches à feu, de la poudre, balles et boulets pour doter la milice bourgeoise(*)
Cette négociation prenant nécessairement quelque temps, les émeutiers s’imaginent que les délégués sont retenus prisonniers.
Ce quiproquo fait monter la tension d’un cran
Enfin, elle sort… sans avoir obtenu gain de cause
(*)crée le jour même, afin de maîtriser les débordements populaires et soutenir et défendre l'action de l'Assemblée Nationale, son effectif est fixé à 48000 hommes.La cocarde rouge et bleue aux couleurs de Paris sera sa marque distinctive.
À 11 h 30, souhaitant éviter l’affrontement,une deuxième délégation menée à l'initiative deThurio se présente aux portes de la forteresse, ils sont même autorisés à franchir la seconde enceinte, à inspecter les lieux et demande des garanties :le gouverneur s'engage alors à ne pas prendre l'initiative des tirs.
À 14 h, une troisième délégation se rend à la Bastille
A 15 h une quatrième délégation étoffe la 3ème:
la compose: de Corny, de Milly &de son secrétaire, le comte Piquod de Sainte-Honorine,Poupart de Beaubourg, Boucheron, Fleurie,
Jouannon et Six.
Elle n’obtient rien du gouverneur,
Pire à,la suite d’une explosion accidentelle la mousqueterie parle.
C’est la confusion, les délégués sont même pris à partie par la foule
L’assaut est inévitable.
À 15 h 30, se présente au milieu d’une vive fusillade un détachement de soixante-et-un hommes des Gardes Françaises, traînant 5 canons et un mortier qu’ils mettent en batterie, éloignant les assiégés des embrasures
Le pont levis cède sous l’impact des boulets
De Launay, isolé avec sa garnison, constatant que malgré l'ampleur de leurs pertes les assaillants n’entendent pas renoncer, fait hisser le drapeau blanc et négocie l'ouverture des portes sur promesse des assiégeants qu’aucune exécution n’aura lieu après la reddition.
Les émeutiers, parmi lesquels on dénombre une centaine de tués et soixante-treize blessés envahissent la forteresse, s’emparent de la poudre et des balles, puis libèrent les sept captifs qui sont portés par la foule à travers les rues :
-Auguste-Claude Tavernier, enfermé depuis 30 ans pour tentative d’assassinat sur la personne du roi Louis XV, lors d’une chasse dans la forêt de Sénart,il sera interné à Charenton le lendemain
-le comte Jacques-François Xavier de Whyte de Malleville,atteint de folie, enfermé à la demande de sa famille, il sera lui aussi interné à Charenton le lendemain.
-Le comte de Solages, enfermé depuis 1784 sur demande se son père pour le sanctionner « d’actes monstrueux »(sans doute un inceste), regagne Albi où il meurt en 1824
.et quatre faux monnayeurs qui disparaissent dans la foule dès leur libération.
Un bilan décevant pour cette la prise du symbole de l’absolutisme, que certains s’ingénièrent à étoffer de quelques anecdotes inventées de toutes pièces.
La garnison de la Bastille, prisonnière, est conduite à l’hôtel de ville pour être jugée. En chemin, de Launay et de Flesselles,(le prévôt des marchands de Paris considéré désormais comme traître) sont massacrés à coups de sabre, puis décapités, leurs têtes exhibées au bout d’une pique sont promenées dans les rues de la capitale
Plusieurs des soldats invalides les accompagneront dans la mort pendant le trajet.
Dans le même temps, les archives du lieutenant de police sont soumises à un pillage systématique, stoppé dès le lendemain par les autorités :60000 dossiers,(soit 600000 pages ) peuvent être récupérés
Dès le 15 juillet, les 800 ouvriers d’une entreprise privée s’activent à la démolition de la Bastille
Les pierres seront utilisées notamment dans la construction du pont de la Concorde
Un petit commerce annexe écoule des objets souvenirs fabriqués à partir des matériaux récupérés, bagues serties de pierre de la forteresse, chaînes fondues en médailles, etc
Dès lors,
le fossé se creuse d’avantage entre la troupe et ses officiers, les régiments se mutinent, le système craque de toutes parts, la surenchères des « sentiments patriotiques prenant le pas sur la compétence, les pages d’un nouveau livre s’écriront avec le sang des règlements de compte, jusqu'à la chute de Robespierre.
La Bastille, symbole de l'absolutisme?
Elle hébergea souvent pour de courts séjours: aristocrates irrespectueux envers le roi, libellistes à la plume acide, surendettés, rejetons de familles turbulents & dépensiers
( sur demande de la famille)
Bien que retenus par des murs austères, les prisonniers disposaient, selon leur fortune, d'un relatif confort, puisqu'il pouvait apporter leur mobilier, et souper des repas confectionnés par un traiteur de la ville.
Ce n'était pas loin s'en faut la peine la plus sévère.
Mais il est vrai, que pour un courtisan, être privé de l'éclat du soleil royal et des futilités de Versailles, ce devait être atroce...
Syndicat d'Initiative Intercommunal des Portes du Pays d'Othe - 2 rue Laurent Lesseré - 10190 ESTISSAC - Tél : 03 25 40 42 42
réalisation OvOtix - motorisation Clé de Site

